Doit-on tout admettre sous prétexte qu’un produit n’est pas dopant ?

Le sportif, même celui du dimanche, n’est pas insensible à ses performances, qu’elles soient réalisées en compétition, avec des amis ou même seul. Relever des défis, améliorer ses résultats, est une source de motivation qui nécessite parfois d’importants sacrifices sur l’emploi du temps, le sommeil ou les plaisirs de la table.

Bref, il faut s’entraîner et adopter un comportement et une hygiène de vie en adéquation avec les objectifs fixés. Ce sont les règles de base véhiculées par tout entraîneur qui se respecte : on n’a rien sans rien.

Pourtant, certains produits ont tendance à contrarier ces valeurs en promettant d’améliorer de manière surprenante ses performances. Le sujet est sensible, voire très sensible. Et il mérite que l’on s’y attarde quelques instants, précision étant faite qu’il ne s’agira pas de juger la réalité des informations relatives aux produits en cause, mais de s’interroger très modestement sur la finalité et les moyens de la performance.

Monsieur X (qui est Monsieur tout le monde) pratique comme des milliers de français la course à pied à un niveau correct et ce, depuis plus 20 ans. Il bataille dur pour gagner quelques secondes sur sa distance de prédilection, le 10 kilomètres. Trois entraînements par semaine et une certaine hygiène de vie dans son emploi du temps professionnel et familial très chargé. Il plafonne pourtant à 40 minutes et aimerait bien passer sous les 38 minutes. Pour ce faire, il se bâtit avec l’aide d’un entraîneur un plan d’entraînement draconien sur une année, en vue d’atteindre son objectif et adopte ainsi 5 entraînements structurés par semaine plus du renforcement musculaire. Il atteint finalement son objectif, mais se dit rétrospectivement, malgré la satisfaction, que ce fut très dur et que cet investissement a fait quelques mécontents, notamment à la maison…

Surfant sur le net, il croise une information qui le laisse dans un premier temps songeur. On lui promet, grâce à un produit non dopant, d’améliorer sa performance jusqu’à 12%, garanti dans la quasi-totalité des cas ! Sur sa distance des 10 kms on lui promet ainsi un gain de 3 minutes en 8 semaines, soit une minute de moins que son temps préparé en un an !

Vertueux, notre sportif ne se laisse pas influencer, mais cette idée d’améliorer ses performances aussi facilement (et sans entraînement supplémentaire) et en toute légalité lui a quand même traversé l’esprit !

Cette histoire, de pure fiction, a sans doute été vécue.

Elle nous soumet un problème tant juridique que moral sur la notion de performance et de dopage.

Justement, sur le plan juridique, l’article L. 232-9 du Code du sport n’interdit-il pas « d’utiliser des substances et procédés de nature à modifier artificiellement les capacités ou à masquer l’emploi de substances ou procédés ayant cette propriété » et « de recourir à des substances ou procédés dont la liste est déterminée par le ministre de la santé et des sports, sauf utilisation autorisée (cas thérapeutique) ».

Si ces produits sont présentés comme étant non dopants, il n’en demeure pas moins qu’ils modifient de manière purement artificielle les capacités : il suffit d’en prendre quelques semaines pour augmenter ce qui aurait pris plusieurs mois (voire plusieurs années) pour être réalisé et ce, au prix de quels efforts ! Certes on objectera peut-être qu’il ne s’agit pas de « substances » ou de « procédés » prohibés, qu’il s’agit de produits naturels qui n’agissent donc pas de manière « artificielle ». Le débat reste ouvert.

Sur le plan moral ou des valeurs du sport, quelle satisfaction peut-on ressentir en améliorant sa performance de manière aussi artificielle ? Comment expliquer ensuite les vertus de l’entraînement et du sport en général lorsqu’il suffit, pour améliorer sa performance, de prendre des produits sans rien modifier dans ses habitudes et dans ses efforts !

Cette situation laisse particulièrement perplexe quant à la définition même du dopage.

Mais, au-delà de ces quelques réflexions, soyons vigilent afin de ne pas sombrer dans la médiocrité de la performance, sous prétexte qu’elle est légale. Celle-ci se mérite et alors – alors seulement – se respecte.

Florent DOUSSET – Avocat