Entretien avec Alain ARVIN-BEROD, Philosophe, Consultant à l’EM Grenoble, Membre du réseau Sport et Citoyenneté

Entretien avec Alain ARVIN-BEROD, Philosophe, Consultant à l’EM Grenoble, Membre du réseau Sport et Citoyenneté

Quelles sont les principales étapes de votre parcours professionnel ?

Philosophe de formation j’ai eu une carrière d’administrateur territorial hors classe pour devenir historien de l’olympisme.

Et dans le secteur du sport,en particulier dans le cadre du mouvement olympique ?

J’ai exercé des responsabilités politiques territoriales (Echirolles, Isère et Région) dans le sport et la culture et comme expert auprès du Ministère Jeunesse et Sports et pour le CNOSF (rédacteur de son Livre Blanc en 2006).

Quelles sont vos fonctions actuelles ?

Je suis consultant auprès de l’Institut Sport et Management de Grenoble.

Que pensez-vous de la situation actuelle du sport en France ?

Le sport français est le produit et la rencontre de plusieurs facteurs. Il est structuré autour de trois moments : la promesse sociale d’un vivre ensemble (vie associative), la quête de l’épanouissement et de la réussite (la performance dans la vie individuelle et économique) et la référence à un modèle dit républicain. Mais dans les faits une nouvelle culture sportive irrigue la société d’influences diverses (bien être, santé, prévention, management pour l’entreprise etc…) Celle-ci est entendue comme une matrice au sein de laquelle se tissent les relations et se construisent des modes de comportements et des styles de vie, là où les marques commerciales comme les médias sociaux sont devenus des acteurs décisifs. Une nouvelle culture sportive émerge et fait société. Ces changements interpellent l’éthique et justifient le recours au droit pour leur régulation

Quelles sont les éventuelles divergences entre l’organisation « à la française » et le mouvement olympique ?

Elles sont heureusement peu nombreuses mais elles existent .Des divergences d’approches apparaissent entre la vision du CIO et le prisme de notre modèle qui demeure un format propre à la France. Ce qui frappe concerne une réelle difficulté à prendre en compte les pratiques alternatives où les valeurs de communauté et de partage (très présentes dans la jeunesse) avec le soutien des marques et des médias sociaux cohabitent sans problème avec les formes compétitives classiques y compris aux J.O. Cette culture était pourtant apparue à Albertville (1992) avec l’introduction du ski de bosses et son premier champion devenu depuis leader d’une génération de sportifs – entrepreneurs, Edgar Grospiron(2). Cela rend peu compréhensible la discrétion française face à l’innovation des JO de la Jeunesse crées par le CIO (3), pour lesquels notre pays n’a jamais candidater ! L’Indonésie (2010) et la Chine (2014) pour l’été, Innsbruck (2012) et Lillehammer (2016) pour l’hiver ont été choisis face à Turin, Pékin etc… En matière d’équipements sportifs ce modèle a aussi du mal à intégrer le nouveau format des stades européens devenus de vrais pôles attractifs avec des activités diversifiées, qui accueillent des partenaires financiers privés et bienvenus dans le contexte de crise des finances publiques : au final les incivilités et les violences reculent même dans ces nouveaux stades comme le montrent les enquêtes. Mais il y a par ailleurs des avancées appréciables attachées à ce modèle culturel comme le fait Michel Platini à la tête de l’UEFA quand il défend les fonctions sociales du football et lutte pour un fair play financier visant à réguler les transferts dans les clubs d’élite pour limiter les logiques de surendettement tous azimuts.


Doit-on développer un modèle européen d’organisation du sport ?

Oui et il se construit à la « Monsieur Jourdain » sans le dire, car l’UE a du mal à définir son propre cadre de références, la crise de l’Euro l’a rappelé. Après une phase libérale marquée dans les années 90 par l’arrêt Bosman et la libre circulation des personnes sur le continent, des actions encourageantes se développent en ce sens pour envisager sinon un modèle du moins un socle européen lisible et stable qui conforte le sport pour tous notamment. Concrètement, il y a eu un premier consensus des ministres des sports à Biarritz en 2008 y compris avec le représentant britannique, qui a débouché sur l’introduction du sport dans le Traité de Lisbonne. Et enfin et surtout, la récente décision de dégager des fonds pour le soutien à la dimension sociale du sport est symptomatique de cette inflexion pour laquelle le Think Tank européen « Sport et Citoyenneté » a oeuvré sans relâche. Des convergences existent pour une gouvernance autour d’un sport humaniste que l’Europe a fortement contribué à faire exister à la fin du XIX eme siècle et la France aurait un rôle à jouer dans cette construction.


La France aura-t-elle à nouveau l’opportunité d’organiser des Jeux Olympiques ?

« Pour gagner il faut jouer ! » dit une publicité de paris sportifs. Jouer c’est accepter de perdre et rien ne dit qu’après ses échecs successifs la France soit assurée de gagner demain. Le pourcentage de chances tient à de nombreux facteurs et entre autres à la présence française dans les instances du mouvement olympique et sportif international : le résultat d’Annecy est dépourvu ambiguïtés. Nous avons deux français au CIO.. Mais il y a une prise de conscience réelle de l’effort à faire dans ce secteur. Ensuite nous avons à procéder à un toilettage interne sur la procédure de déclaration de candidatures par telle ou telle ville. La condition première est le soutien des territoires concernés avant tout emballement politico-médiatique et un cahier des charges très précis doit être élaboré pour informer les villes et leur population. A l’examen des attributions des JO (été et hiver) depuis quelques années il est clair que l’Europe tient la corde pour les Jeux d’hiver quand la concurrence asiatique et américaine (nord et sud) fragilise les positions du vieux continent pour les Jeux d’été, plus prestigieux. Une candidature française aux J.O. de la Jeunesse marquerait l’intérêt du pays de Coubertin et Didon pour une autre rénovation en faveur de la jeunesse : celle à laquelle nos pères olympiques tenaient tant. »

Propos recueillis par Benoît DUMOLLARD