L’arrêté du 19 février 2008 qui a étendu l’avenant n°19 relatif au groupement d’employeurs du 6 septembre 2007 inséré à la Convention Collective Nationale du Sport (CCNS), n’a pas soulevé un enthousiasme particulier dans le microcosme du secteur sportif. Or, c’est vraisemblablement une étape majeure dans le processus d’entrée en application de la CCNS depuis novembre 2006 en raison de l’influence prépondérante que cela pourrait avoir sur le développement de l’emploi sportif.
Rappelons pour mémoire que la CCNS constitue pour tous les spécialistes du secteur la reconnaissance officielle d’une véritable branche professionnelle du sport.
Lors que l’on sait que deux tiers des salariés des entreprises de cette branche d’activité travaillent à temps partiel, et que plus du quart d’entre eux moins de trois heures par semaine pour une même entreprise, selon une enquête menée en 2005 pour l’Observatoire des métiers du sport, auprès de 2.845 entreprises relevant de la CCNS et adhérentes aux collecteurs de la formation professionnelle (Uniformation et Agefos PME), cette nouvelle prend alors toute sa dimension.
Cette enquête a déjà mis en lumière la précarité d’une partie des salariés du secteur. D’ailleurs Robert BARON, président de la commission nationale paritaire Emploi-Formation (CPNEF) Sport (collège employeur) estimait à cette occasion avec un certain à propos que « la solution [en matière d’emploi sportif] pourrait venir des groupements d’employeurs, et de la polycompétence des salariés ».
L’enquête a montré en effet que ce secteur « est incapable de faire vivre correctement une partie des salariés », qui avec l’âge, finissent par chercher un travail à temps plein dans un autre domaine d’activité, ajoute Jean ROBERT, vice-président de la CPNEF Sport (collège salarié).
La pyramide des âges est en effet dominée par la tranche des moins de 29 ans (40% des effectifs), et la tranche des 30 à 39 ans (27%), alors que seulement 19% des effectifs sont âgés de 40 à 49 ans, 8% ont entre 50 et 55 ans et 6% ont plus de 55 ans.
Selon l’enquête, en 2005, 44% des effectifs salariés étaient en contrat à durée déterminée, et la moitié des entreprises bénéficiaient d’emplois aidés. Ces derniers concernaient surtout le secteur de l’encadrement des activités physiques et sportives (55%), et le secteur de l’administration-direction (28%). Parmi les contrats aidés, qui constituent une part importante de l’effectif, plus de la moitié (53%) étaient des emplois-jeunes.
Dans ce cadre, il convient de souligner que 93% des employeurs sont des associations (5% des SARL, et 2% des sociétés anonymes de sport professionnel ou des sociétés anonymes à objet sportif), avec une forte présence de très petites structures : 41% des entreprises emploient un salarié, soit 8% des effectifs, contre 9% des entreprises qui emploient dix salariés ou plus, soit 60% des effectifs.
Plus des trois quarts des entreprises (77%) ont comme premier domaine d’activité l’organisation, la gestion, et l’encadrement d’activités sportives, devant l’enseignement et la formation aux activités sportives (13%).
Autre élément marquant de cette enquête, c’est que 42% des entreprises prévoient des recrutements croissants dans les années à venir. Si l’on considère à juste titre que le secteur sportif constitue un vivier d’emplois qui ne demande qu’à se développer, l’enjeu est de taille !
A l’heure où les chiffres de l’emploi laissent apparaître globalement une augmentation constante des emplois précaires, la question centrale reste de savoir comment ces emplois, dont l’utilité et la nécessité ne sont désormais plus à démontrer, seront pourvus dans les prochaines années.
Cet enjeu revêt une dimension particulière en Rhône-Alpes, l’une des principales régions de France en terme de nombre de pratiquants et de clubs sportifs, au sein de laquelle le secteur compte globalement plus de 17.000 associations sportives.
A cela s’ajoutent les ligues régionales et les comités départementaux qui représentent localement les différentes fédérations sportives. Actuellement, il existe environ plus de 110 ligues et comités.
Par ailleurs, des « nouvelles pratiques » urbaines sportives (skate-board, free VTT…) et de sport de nature (free ride, raids en montagne, acrobranche…) connaissent également, depuis ces dernières années, une croissance constante qui ne devrait pas être démentie et ce en dehors de tout cadre fédéral pour des résultats assez hétérogènes et à certains égards en opposition avec les organisations classiques.
C’est la raison pour laquelle la mutualisation des emplois, grâce au groupement d’employeurs dont le fonctionnement est juridiquement encadré et sécurisé, s’impose progressivement comme une solution novatrice et porteuse d’espoir pour les dirigeants sportifs. Mais cela ne sera rendu possible qu’à condition de garantir aux utilisateurs et aux salariés concernés une gestion professionnelle d’une telle structure.
Ce dispositif permet à l’association de ne plus être directement employeur de ces salariés, ce qui la préserve de la responsabilité et des risques liés à la gestion du personnel.
Par conséquent, l’avantage pour les associations sportives et leurs dirigeants réside principalement dans la capacité à bénéficier d’une main d’Å“uvre qualifiée en fonction de leurs besoins horaires et de leurs capacités financières. A ce titre, nombre de dirigeants qui n’envisageaient pas d’avoir recours à ce type d’emplois qu’ils pensaient jusqu’à présent ne pas leur être accessibles au regard de leurs moyens financiers limités, pourront ainsi bénéficier des services de salariés qualifiés et expérimentés, sans avoir à les embaucher directement, et ce grâce à un volume horaire d’intervention précis, défini annuellement ou ponctuellement si besoin est.
Pour les salariés du groupement d’employeurs, l’innovation majeure est de se voir proposer des emplois à temps plein et à durée indéterminée sur des catégories d’emplois en partie totalement nouvelles au regard de ce qui est pratiqué actuellement.
Les salariés bénéficient ainsi d’une plus grande sécurité et d’une plus grande stabilité d’emploi, ce qui favorise d’autant leur motivation, ce qui rendra indéniablement le secteur de plus en plus attractif pour les professionnels en activité ainsi que pour les générations futures.